mardi 9 avril 2013

H comme... Hospice



Hospice de la Charité, chacun de ces vocables évoque la pauvreté, la solitude, le dénuement. C'est dans ces murs de l'Hôpital de Langres que naît, le 17 septembre 1901, Gaston Georges Villetet, mon grand-père maternel, le fils d'Augustine  Viltet que j'ai présentée pour inaugurer cet abécédaire. Sur l'acte de naissance de Gaston, le patronyme de sa mère est orthographié Villetet, ce qui n'est pas le cas sur les actes la concernant jusque-là. C'est pourquoi je pense (n'ayant trouvé aucune signature, aucun document écrit de sa main) qu'elle était illettrée, et qu'elle ne connaissait pas l'orthographe de son nom.


Dès le 25 du mois, à l'âge de 8 jours, par arrêté préfectoral, Gaston est confié aux bons soins des "Enfants assistés de la Haute-Marne" et placé dans des familles d'accueil. J'ai eu au téléphone les descendants de certaines de ces familles, les deux dernières en particulier. Ils ne se souvenaient pas du nom du jeune hébergé par leurs grands-parents, mais la description physique correspondait à mon grand-père : très petit (1.50 m !), cheveux blonds et yeux très clairs... 


Le suivi médical et social parait tout à fait sérieux. Et les remarques sont touchantes. J'ose croire que le commentaire de ses 13 ans "a besoin de ménagement" voulait le préserver de travaux trop lourds et d'une exploitation trop systématique, ce qui malheureusement était souvent le cas pour des enfants placés. Ça ne semble pas avoir été le cas pour mon grand-père, dont j'ai su qu'il avait revu sa dernière famille d'accueil lorsqu'il était adulte, famille qui l'a reçu avec joie.


Après son service militaire à Chaumont,



voici  Gaston à l'époque de son mariage avec Marcelle Voinchet en 1924. A ce moment-là il n'est plus "agriculteur" mais employé de la Compagnie des Chemins de Fer de l'Est, comme son beau-père et son beau-frère.




Et c'est probablement cette compagnie qui le mute à Troyes, qui sera désormais sa ville d'adoption. Troyes, dans l'Aube, qui est à l'origine de la deuxième partie du nom de mon blog puisque toute ma famille maternelle vit désormais dans l'Aube !


Gaston pose ici avec ses quatre enfants, il est déjà veuf de Marcelle, morte de tuberculose deux ans plus tôt environ (si j'en juge par l'âge approximatif de ma mère sur cette photo, la plus jeune des quatre). La coutume de l'époque n'était pas qu'un père seul s'occupât de ses enfants, et l'expérience personnelle de Gaston ne l'y incitait sans doute pas. Ainsi Gaston confia-t-il l'éducation de ses enfants aux orphelinats de la ville, Saint-Martin-es-Aires pour les deux filles, et Orphelinat Audiffred pour les deux garçons.



Ses enfants jamais ne lui en tinrent rigueur, et la famille resta unie, malgré les séparations, les remariages, les aléas de la vie. Gaston est avec ses quatre enfants, et à sa droite, sa première belle-fille, Mauricette Vaunois,  ma tante paternelle, qui est mariée à mon oncle maternel ! C'est ce que j'appelle "le couple croisé" par rapport à celui de mes parents.


Gaston à la fin de sa vie, avec deux de ses arrière-petites-filles. Il vécut entouré des siens une vie de labeur, d'honnêteté et de dignité. Lui, le petit garçon abandonné à l'Hospice de la Charité, a donné naissance à une lignée d'une centaine d'individus à ce jour... Il me semble, et mes recherches me l'ont prouvé, que parfois l'abandon d'un enfant peut être une chance pour lui.


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Pour lire mes autres articles du challenge : Les Cerisiers de A à Z

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20 commentaires:

  1. Quel joli hommage à votre grand père

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    1. Merci Brigitte. Il en serait le premier étonné je pense, tant il était modeste.

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  2. Article particulièrement touchant maman, bravo :)
    Flore-Anne

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    1. Merci ma Flore-Anne, c'est ton arrière grand-père, tu ne l'as pas connu, mais Sylvain l'a rencontré quand il était tout bébé... Bises.

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  3. Dans le cas de ton grand-père, en effet, l'abandon a pu être une chance ...Il est aussi tombé dans des familles aimantes; cela compte beaucoup ,ton ecrit en atteste .
    Un témoignage émouvant
    Bises

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    1. Au moins certaines de ces familles semblaient assez respectueuses de ces jeunes qu'on plaçait chez elle. Et je pense que c'est une chance surtout à cause de témoignages que j'ai reçus et que je ne peux pas tous évoquer ici. Mais j'en reste persuadée.... Jamais évidemment je n'aurais pu dire une chose pareille si je n'avais pas fait de recherches généalogiques ! Bises Brigitte.

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  4. Billet tendre, aimant, touchant ... merci Odile. Bises

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    1. Merci pour lui Annick. Bonne soirée à toi. Bises.

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  5. Merci Odile pour ce bel hommage, très émouvant

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    1. C'est ce challenge, Valérie, qui me donne l'opportunité de mettre des mots sur tout cela, sur mes recherches et toutes les conclusions que j'en ai tirées. En cela vraiment, je suis ravie d'y participer. A demain ;-)

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    1. Merci Elodée. Courage,nous en sommes presque à la moitié ;-)) Mais je dis courage et en fait je me régale, même si évidemment c'est énormément de travail, de lecture et d'écriture. Ah si j'avais plus de temps.... A demain !

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  7. Coucou Odile,
    pardon si je ne réagis qu'aujourd'hui (boulot-boulot...) à tes extraordinaires billets sur ta généalogie... Mais sache que je les "dévore" chaque jour depuis le "A" d'Augustine, avec beaucoup plus que de l'intérêt... Une immense admiration pour la manière si délicate, touchante, que tu as de nous présenter le fil des générations de ta famille... J'admire la manière dont tu écris cette belle histoire, que tu rends tellement émouvante et passionnante ! Et j'admire aussi, pour la mesurer pleinement, la somme de travail, de patience et de ténacité qu'il t'aura fallu déployer pour retrouver un à un tous les beaux fils de la trame de cette fresque familiale. Cerise sur le gâteau : toutes ces merveilleuses photographies, véritables trésors, révélant les visages sur les noms, et précieux témoignages des sourires et des ombres qui les ont jadis animés...
    C'est magnifique, et je vais guetter chaque jour avec impatience la suite de cet abécédaire, qui m'encourage à reprendre des recherches qu'à mon grand regret j'ai dû laisser quelque peu de côté depuis de trop longs mois...
    Bravo, Odile, et Merci de partager si généreusement ces belles pages de ton histoire avec nous !
    Douce fin de semaine à toi...
    Avec de très grosses bises !
    NiNa-Lou

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    1. Oh Nina-Lou que tu me fais plaisir :-) ! Je suis contente d'une part de constater que "mes lecteurs" habituels ne se sont pas enfuis à cause de ma logorrhée généalogique, et surtout que ce que j'écris t'intéresse et te touche. Comme je le disais plus haut, c'est vraiment ce challenge qui me donne l'occasion de mettre en forme comme ça mes découvertes et... c'est un vrai plaisir. C'était aussi un risque, je me suis dit si ça se trouve ça ne va pas du tout "leur"plaire et ça va être un fiasco. Alors grand merci de ton message et de tes encouragements. Tu dis aussi "boulot-boulot"... je compatis, j'en suis au même point, alors que j'aurais bien envie de faire du 24 heures sur 24 en généalogie en ce moment ;-) J'espère t'avoir donné envie de reprendre tes recherches et peut-être un jour, chez toi, on verra pousser... un arbre ;-) Bises Nina-Lou et à bientôt.

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  8. Un grande émotion en lisant ce billet et ta conclusion me laisse songeuse...
    GROS BECS Odile

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    1. Je le crois sincèrement Marité, et je tenais à l'écrire parce qu'évidemment, la première réaction est de plaindre un enfant abandonné, c'est humain. Mais vraiment parfois, il me semble que c'est une chance à saisir, une vie différente qui s'ouvre... Je suis sûre que tu seras encore plus songeuse, après ça ;-) Bises Marité et à très bientôt.

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  9. C'est un très beau billet un H comme Hospice qui sonne comme un R comme Résilience.
    Oui ta conclusion interpelle et questionne bien au delà de ton grand-père et c'est toute la valeur de ce billet et des nombreux autres destins que nous croisons ce mois-ci.
    Bises !

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    1. C'est vrai Gloria, quelle chance et quelle richesse, ce challenge ! Je suis bien contente d'avoir eu le courage d'y participer, même si j'aimerais aussi avoir plus de temps pour lire les.... 55 autres articles quotidiens ;-) Bises.

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