lundi 1 avril 2013

A comme Augustine

Augustine Cézarine V.,  son nom figurait sur le bulletin de naissance de mon grand-père Gaston, l'un des rares papiers de famille parvenus jusqu'à nous. Ce furent longtemps les seuls éléments que nous avions la concernant... c'est-à-dire rien ou presque.


Au fil de mes recherches, elle s'est ensuite appelée Augustine Joséphine, sur le dossier d' "Enfant Assisté de Haute-Marne" de Gaston, dossier qui m'avait été envoyé par les Archives de Haute-Marne, dont je vous reparlerai.


Mais de la vie d'Augustine, nous ne savions rien, sinon qu'elle avait dû vivre un temps à Troyes, où mon grand-père l'avait croisée... Augustine en effet avait abandonné son fils à l'Hôpital de la Charité à Langres, où mon grand-père est né le 17 septembre 1901. Il y avait cette phrase que j'ai entendue souvent  : "De toutes façons, on n'a pas de famille"...  qui semblait interdire à l'avance toute recherche d'ancêtres.  Par l'acte de naissance de mon grand-père, j'avais appris son âge, 20 ans(donc naissance vers 1881), son statut de célibataire, et son emploi de manouvrière. Je savais aussi qu'elle demeurait à Langres. En tout cas, c'est ce qu'elle avait déclaré lors de la naissance de l'enfant. Je m'étais dit que lorsqu'on abandonne son enfant, on ne dit pas forcément l'exacte vérité. Néanmoins j'ai commencé mes recherches par Langres dès la mise en ligne des registres d'état-civil de Haute-Marne, puis j'ai élargi le cercle autour de cette ville, sans succès pendant plusieurs années.

Entre temps et pour ne pas avoir l'impression d'être totalement en échec sur cette branche, j'avais commencé une recherche sur le patronyme de mon grand-père et j'étais rapidement arrivée à Arbigny-sous-Varennes, canton de Terre-Natale (ça ne s'invente pas !) petite commune située à 20 kilomètres de Langres, sans aucun doute le fief d'origine des V. J'ai ainsi construit un arbre assez complet de cette famille-là, dont le représentant le plus lointain s'appelait Etienne, vigneron né vers 1678 à Arbigny. Rien cependant ne rattachait Etienne à mon arbre... Rien sinon l'intuition que j'avais, mais nous savons bien qu'en matière de généalogie, l'intuition n'a aucune valeur de preuve ! Il m'est apparu rapidement que dans cette lignée-là, et dès la fin du 18e siècle, il y avait un nombre assez considérable d'enfants naturels, un nombre bien plus conséquent que ce que j'avais rencontré jusqu'alors.... Dès lors, j'étais sûre d'avoir trouvé la bonne lignée, mais de lien entre Augustine et Arbigny... aucun !

C'est une arrière-arrière-petite-fille d'Augustine, Laurence, qui faisait des recherches à partir de l'Allemagne, qui l'a finalement trouvée, sur les recensements de Langres, lorsque ceux-ci furent  mis en ligne. Après avoir épluché des centaines de pages, Augustine est apparue :


Nous avions donc maintenant le nom de ses parents, son adresse en 1901 (date de naissance de mon grand-père), rue du grand cloître à Langres. Peut-être certains des personnages sur cette carte ancienne sont-ils mes ancêtres...




Bien sûr,vous aurez remarqué comme moi que le patronyme d'Augustine ne s'écrit pas tout à fait comme celui de Gaston.. Cela ne m'a pas étonnée, puisque lors de mes recherches, j'avais trouvé les deux graphies utilisées indifféremment jusqu'à la fin du 19e siècle, ce qui est assez classique je pense. Dans une même fratrie (celle du père d'Augustine, Charles) on trouve sur les différents actes les deux formes, un l ou deux l, un e, pas de e, et parfois les deux signatures différentes  de deux frères sur un même acte.

Les recensements de 1906 nous apprennent que, tandis que mon grand-père a déjà 5 ans, Augustine vit toujours chez ses parents, rue du Grand Cloïtre. Ils nous donnent aussi le village de naissance d'Augustine, Marcilly-en-Bassigny :

Son acte de naissance nous révèle donc son identité "officielle" :  Marie Augustine. Si le prénom de Cézarine qu'elle a donné à l'Hôpital de la Charité peut s'expliquer par un surnom familial (un oncle César, un autre Césaire, une cousine Césarine), je n'ai pas trouvé d'explication au "Joséphine" qui apparait sur le dossier de placement de Gaston. Une erreur sans doute. Mais cet acte me permettait enfin de faire le lien entre Augustine et la lignée d'Etienne, vigneron à Arbigny, dont elle est effectivement, comme moi, la descendante. 

Je perds la trace d'Augustine entre 1906 en Haute-Marne et les années 40/50 à Troyes. A quel moment a-t-elle quitté Langres pour l'Aube ? Peut-être pour suivre son frère Auguste, dont je sais qu'il était à Troyes, très provisoirement, en 1911. Et il n'y a pas de recensements en ligne, pour Troyes, dans ces années-là. Il me faudrait plusieurs vies pour explorer les MILLIERS de pages des recensements de Troyes dans les années suivantes. Je ne l'ai pas encore trouvée, mais je ne désespère pas. Mon grand-père parlait très peu de sa jeunesse, encore moins de son enfance dont j'aurai aussi l'occasion de vous parler. Mais il a évoqué une fois cependant sa mère. Je ne sais comment, peut-être simplement à cause du fait qu'ils portaient tous les deux le même patronyme (rare à cette époque à Troyes), il a retrouvé sa trace. Elle tenait une échoppe de cordonnerie, près de la ligne de chemin de fer où lui-même travaillait. Il s'y est présenté sous le prétexte de chaussures à ressemeler, sans se faire connaître bien sûr. Il a vite tourné les talons "Ce n'était pas quelqu'un de bien".... Que représentait ce jugement pour cet homme simple et digne ? J'étais trop jeune à l'époque pour saisir l'importance d'une telle confession, et ne pensais pas du tout alors à la "transmission". 

Je ne sais rien d'autre d'Augustine. Contrairement à ses deux frères et à sa soeur, elle ne s'est pas mariée, son acte de décès la dit "célibataire". Contrairement à eux également, il n'y a pas de signature,aucune trace écrite. J'ai tout de même retrouvé Augustine dans les registres d'état civil de Troyes : c'est là qu'elle est morte, le 14 avril 1952, dans des bâtiments appartenant aux Petites Soeurs des Pauvres, qui y accueillaient les nécessiteux. Je ne sais pas si elle a eu d'autres enfants...



J'ai fait le choix de laisser apparaître le patronyme de mon grand-père sur les actes, parce que ce nom fait partie de mon histoire familiale, mais je ne le fais pas apparaître dans le texte, afin de le préserver des indiscrétions des moteurs de recherche.

Cet article est le premier du défi généalogique "Bloguez votre généalogie de A à Z" lancé par Sophie de La Gazette des Ancêtres. En suivant les liens (voir les commentaires de son article), vous pourrez lire les contributions de tous les participants. Si je tiens le rythme, ce mois d'avril sera donc exclusivement généalogique et... il n'y aura jamais eu autant d'articles à lire sur ce blog :-) !



25 commentaires:

  1. Passionnant, ton billet, Odile, et pleine de perspectives, cette recherche généalogique à laquelle je n'ai jamais pensé pour moi-même...
    J'entretiens plutôt un "refus de la famille" mais je trouve merveilleux ce que tu fais là.
    Je t’embrasse, très bon lundi de Pâques et à bientôt !

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    1. Merci Norma. J'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer sur le blog, c'est pour "faire taire les silences" que je me suis lancée dans la généalogie. Et franchement, je ne l'ai jamais regretté. Moi aussi je t'embrasse, à bientôt.

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  2. Après les travaux d'aiguille tu t'es attelée à détricoter le fil de tes ancêtres ! Recherches fastidieuses mais non dénuées de sens... et d'émotions !
    GROS BECS Odile et bon lundi !

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    1. En fait Marité, j'ai commencé la généalogie bien avant la broderie (broderie : 6 mois, généalogie : 12 ans !). Et ce n'est pas du tout fastidieux, je me régale ! Bien sûr il faut aimer les vieux papiers et les enquêtes. Pour bien faire il faudrait aussi être extrêmement rigoureux, voire pointilleux, ce que je ne suis pas du tout, mes ancêtres ne m'en veulent pas :-)) Mais chaque "victoire", chaque petit morceau de puzzle reconstitué est un vrai bonheur. Franchement, j'aimerais avoir beaucoup plus de temps pour moi, pour m'y consacrer... Il me faudra attendre encore (7 ans........) avant de pouvoir m'y plonger corps et biens :-))) Bises et bonne semaine à toi Marité.

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  3. En lisant ce bille, cela ne m'étonnes pas que cela soit le premier de ce challenge.

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    1. Ah oui Elodie, pourquoi ? C'est le premier qui est paru ? Pour une fois, j'avais pris le temps... de prendre un peu d'avance. Je ne sais pas si je tiendrai la distance ! J'ai aimé aussi ton rappel aux origines rurales de la plupart de nos ancêtres. A bientôt.

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  4. Bravo Odile, c'est un beau billet intéressant, clair, précis. On y sent toute ta ténacité. Je me réjouis
    de lire la suite. Nous nous absentons mais je ferai au mieux pour squatter un ordinateur et te (vous) lire
    tous les jours.
    Merci et bonne journée,
    bises
    Annick

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    1. Merci Annick. Ténacité oui, parce que c'est presque une énigme "policière" tu sais. Policière au sens "romanesque" du terme, à la Agatha Christie, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Chaque indice est une petite victoire qui permet d'avancer. J'adore ! Bises et bon séjour à toi.

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    2. Je vois très bien ce dont tu parles : "énigme", "enquête" et j'imagine combien c'est passionnant. J'ai lu deux billets aujourd'hui le tien et celui de Gloria.
      Je regardais la carte postale , en particulier le personnage féminin, en haut à droite, à sa fenêtre. Sais-tu que, je ne sais pas du tout pourquoi, ces cartes postales m'émeuvent, certaines plus que d'autres ...

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  5. Bel article Odile ! C'est une enquête à la fois passionnante et émouvante. Il y a dans ces recherches comme une réparation faite à l'enfance des siens, l'enfance de l'époque. Et puis aussi tout l'apprentissage que nous faisons au fil de ces découvertes de modes de vie difficiles, qui nous déroutent, que l'on cherche à comprendre...
    C'est à mon sens tout l'intérêt de ce travail d'archives, une initiation historique, sociologique, un apprentissage de la bonne distance à prendre avec le passé, pour mieux le comprendre.
    Bravo et merci !

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    1. C'est exactement ça Gloria. Pas de jugement bien sûr, nous ne savons rien de la vie de ces personnes. Mais chercher à comprendre, à savoir, oui toujours, on me le reproche assez ;-)) Et replacer ce que l'on apprend dans le contexte de l'époque et dans l'histoire locale. Quand, enfin, ces éléments croisent le témoignage d'une institutrice très âgée rencontrée lors d'une réunion généalogique, j'applaudis et je me félicite (si, si) d'avoir commencé cette recherche. Même si je ne peux parler ici de ce qu'elle m'a dit, ce sont des petits cailloux de plus qui montrent le chemin.

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  6. Quelle patience il faut pour feuilleter tous ces actes de naissance et de décès pour remonter le temps !! Je t'admire comme ma soeur pour qui ces recherches sont presque devenues obligatoires tellement elles sont passionnantes au fil du temps...
    Augustine, un joli prénom pour commencer cet abécédaire !!
    Je t'embrasse. Bonne soirée !

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  7. Oui Martine, ce sont des prénoms qui reviennent à la mode, il me fait penser à Pagnol ! C'est marrant parce qu'aussi bien pour la broderie que pour la généalogie,vous êtes plusieurs à faire référence à la patience :-)) Je suis l'exact contraire de la patience, si ça existe :-)) Mais je suis d'accord avec ta soeur, c'est passionnant ! Bises.

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  8. Bravo pour la première lettre, beau défi et belle histoire, Continue sur cette lancée, c'est passionnant je le reconnais.
    Christine

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    1. Salut madame la descendante d'Augustine ;-) Oui oui passionnant, et chaque découverte est une victoire. bises.

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  9. C'est passionnant. Bravo. Et merci.

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    1. Merci beaucoup. C'est toujours un plaisir de constater que sa passion peut intéresser d'autres lecteurs. A bientôt.

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  10. Des histoires et recherches généalogiques comme on les aime ! Que de recherches, d'indices à recouper, d'attentes ... C'est pour cela que la généalogie est passionante ! Merci Odile pour ton billet, en passant par Langres :-)
    Sébastien

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    1. Merci Sébastien. Voilà c'est ce qui fait tout l'intérêt de ce travail. Se contenter de collecter des dates de naissance,décès ou mariages serait vite fastidieux. Il faut donner vie à tout cela. Et ce challenge est une bonne occasion de montrer cette facette-là. A bientôt.

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  11. Passionnant comme un bon polar !!! Que de recherches et de patience il faut pour démêler toutes ces histoires ...
    Bises

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    1. Il y a un élément qu'il faut ajouter : c'est la chance ... ou la malchance ! On peut tomber par hasard sur une information importante, avoir la chance de croiser quelqu'un qui fera avancer les recherches, ou au contraire constater par exemple des lacunes de plusieurs dizaines d'années dans les registres du village qu'on étudie.C'est ce qui m'est arrivé sur une branche familiale jusqu'à ce que... mais ça fera l'objet d'un article ;-)

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  12. De retour de congé, je viens lire vos articles de ce challenge qui nous occupe bien, me semble-t-il :) J'adore ce premier jour ! Le récit de cette enquête généalogique est passionnant.

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    1. Bonjour Véronique, eh bien ça m'occupe tellement que je n'avais pas vu ton message ! Beaucoup de temps d'écriture en effet, et un temps infini de lecture, qu'on dira indéterminé pour le moment... Je garde beaucoup de pages de lectures pour "après", après le challenge, pour la redécouverte des nombreux sites qui participent. C'est très enthousiasmant ! Bonne semaine.

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  13. Ça fait 2 semaines que le ChallengeAZ est commencé et je découvre seulement cet article. Hum j'aime beaucoup la narration et le style, et bien entendu le contenu !

    Bravo Odile !

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    1. Merci beaucoup Hervé. Comme je le disais plus haut à Véronique, il y a tant et tant à lire, c'est normal de laisser passer certains articles, on en aura en réserve pour toute l'année comme ça ! Dis moi, y a-t-il plusieurs Hervé du Québec, qui participent au challenge ?? Ou bien est-ce toi aussi qui as écrit par exemple K comme Kébek ? Je te demande ça parce que ton "profil blogger" renvoie à un autre blog... A bientôt.

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